Académie du val d'Entraunes

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Patrimoine architectural religieux (page en cours de construction)

Méthodologie et présentation :

 

Malgré les ravages du temps, les guerres, les révolutions ou simplement les travaux de voirie voire l’incurie, l’architecture religieuse du Val d‘Entraunes reste d’une extrême richesse et d’une invraisemblable diversité.

La quasi totalité des édifices religieux au nord  du fleuve Var a appartenu aux abbayes de St-Eusèbe de Saignon et St-Dalmas de Pedone, abbayes qui se répartissent de  part et d’autre d’une ligne séparant les diocèses de Nice et le diocèse de Glandèves (1).

La plupart des édifices de la haute vallée du Var (à l’exception de Châteauneuf) appartiennent à St-Eusèbe alors qu’à l’est entre la Vésubie et le Cians on trouve les possessions de l’abbaye de Pedone, centrées sur le Val de Blore

 

Selon le catalogue des actes dressé par E. Sauze  nous pouvons dénombrer en Provence orientale jusqu’à 15 édifices religieux ayant dépendu de l’abbaye St-Eusèbe de Saignon entre le XIIe et XIVe. Dix édifices sur quinze sont dans la haute vallée du Var et toutes  sont situées à l’écart du littoral.

La haute Provence orientale est aux mains de la puissante famille : les Thorame-Castelanne - Glandèves  et les Rostaing (les Garac, nom de l’ancêtre commun).

 

Aucun texte ne documente la Haute vallée du Var avant les bulles du milieu du XIIe concernant St-Eusèbe. A la limite rien ne nous permet d’affirmer que ce sont les Garac qui la détiennent, si ce n’est une enquête menée en 1285, qui nous apprend que sous Raimond Béranger V (1ère moitié du XIIIe), les seigneurs d’Entraunes et de St-Martin sont Faraud de Thorame et son cousin Geoffroi Balb. Ceci, laisse entendre, qu’à cette époque en tous cas, la haute vallée du Var dépend des Thorame et des Glandèves. Nous pouvons supposer que cet état est plus ancien.

 

Cette présentation se fonde  presque essentiellement  sur les travaux de Jean-Claude Poteur et Luc Thévenon (2) qui, en suivant une rigoureuse démarche archéologique et historique, ont fait un relevé exhaustif et une étude approfondie du patrimoine existant  avec toutes les précautions scientifiques d’usage, prenant appui sur l’exploitation des archives, la consultation des cartulaires, la confrontation des sources et du terrain, l’analyse architecturale, etc...

Elle se fonde aussi sur les recherches d’Elisabeth Sauze (3) et le remarquable article de Jean-Claude Poteur, Catherine Poteur et Luc Thévenon sur les possessions de l’abbaye St-Eusèbe d’Apt dans la haute vallée du Var (4),  abbaye qui possédait avant le XIVe siècle la quasi-totalité des édifices religieux du val d’Entraunes.

 

Nous essaierons autant que possible de mettre aussi en ligne tous les articles « historiques » des précurseurs que ce soit Paul Canestrier, Léo Imbert, Alexis Mossa...

 

Nous avons pris le parti, par souci de clarté, de la présenter en trois sections :

 

1. les églises paroissiales et paroissiales secondaires

 

2. Chapelles

2.1 Chapelles

2.2 Chapelles de pénitents

2.3 Chapelles privées

2.4 Couvents, prieurés et rêveries templières...

 

3. les oratoires

 

 

Pour chaque section,  nous regrouperons les notes par communes et par édifice à savoir Entraunes, St Martin d’Entraunes, Villeneuve d’Entraunes, Châteauneuf d’Entraunes.

Et pour chaque commune, nous signalerons les édifices des hameaux dépendants de la commune :

— Estenc pour la commune d’Entraunes

— Enaux ou Bante pour  la commune de Villeneuve d’Entraunes

— Sussis pour la commune de St-Martin.

 

Nous vous signalerons les informations les  plus importantes concernant ce patrimoine en vous communiquant pour chaque édifice les données issues de l’inventaire réalisé par la Direction des actions culturelles et des musées du Conseil Général des Alpes Maritimes et des travaux de Luc Thévenon , données que nous complèterons par les articles les plus importants et les plus significatifs consacrés à certaines églises ou chapelles.

 

 

ILLUSTRATIONS :

 

Nous voulons ici remercier :

– le Musée Masséna (Nice ) pour les aquarelles de Mossa,

– la Bibliothèque Victor de Cessole de Nice  dont nous louerons jamais assez l’expertise  et l’obligeance de sa conservatrice et de tout le personnel qui nous ont assistés dans nos recherches et qui ont mis à notre disposition  le fonds Mossa et le fonds Cessole et permis de découvrir des trésors... entre manuscrits, relevés de fresques, aquarelles, dessins à la plume, plaques de verre etc...

 

Nous illustrerons le plus possible tout cela par des photos, par l’utilisation de l’excellent site http://www.montnice.fr/ qui cartographie le patrimoine des montagnes niçoises ou le site http://www.valdentraunes.fr

 

Note de la rédaction :

Nous faisons appel à toutes les bonnes volontés
pour corriger ou compléter les informations du site.

Merci.

 

  

 

 

 

1. Eglises paroissiales et paroissiales secondaires

 

Plantées au cœur du village, souvent au point le plus haut si elle est médiévale ou reconstruite au même endroit si elle a fait l’objet d’un déplacement tardif.  elles rassemblent tous les fidèles (ceux du village et des écarts)  pour les grandes fêtes liturgiques

 

Entraunes

 

Notre-Dame de la Nativité, dite N.D de Septembre , 2ème tiers du XIIIe

http://www.montnice.fr/cartographie/eglise-nativite-vierge-notre-dame-septembre-entraunes

 

— Première église de type roman, (1650) agrandissement et réorientation (chœur au nord, façade d’accès au Sud).

 

— La première mention du castrum ne date que de 1232/44. En 1329, un acte concernant l'église d’Entraunes est passé à St-Clément. Ceci pourrait laisser entendre que l’église d’Entraunes était alors une dépendance du prieuré rural de St-Clément (5).

 

— Construite à l’emplacement d’un ancien fort, détruit en 1545 , l'église romane du XIVe est réorientée et agrandie et  les chapelles sont ajoutées entre le XVIIe et le XVIIIe. L'Eglise Notre-Dame de la Nativité était une dépendance de l’abbaye de Saint-Pons, dédiée uniquement à saint Pons jusqu’en 1867.

Dans le tome 1 de son Histoire des Alpes-Maritimes (1672,  p.116), Pierre Gioffredo rappelle que « le souvenir de Saint Pons est célèbre non seulement à Nice et dans son comtat mais aussi dans toute la Provence [...] nombreuses églises dont celle-ci la paroissiale St-Pons.

De nos jours  à l’occasion des travaux de restauration de l’autel on y a retrouvé une dent du saint. Probablement obtenu dans le passé des moines de St Pons, enveloppée dans un petit parchemin que j’ai lu en 1672 dans ce lieu , dans un style grossier il y était écrit ceci :

Ici sont les reliques de St Pons d’Entraunes qui ont été placées sous l’autel par Don Pierre, prêtre de Gislos et par des nobles et d’honnêtes habitants du dit-lieu, qui furent extraites et murées par Don Laugier de Guille autrefois prêtre d’Entraunes en 1306, le 2 avril. »

 

Les quatre chapelles sont ensuite réunies (1805-1806) dans un édifice unique (6). Son originalité vient de son clocher asymétrique, à demi arrondi.

 

— Vous trouverez l’inventaire du mobilier de la paroisse réalisé en 1905 dans les archives du site (7) et un guide inventaire réalisé par René Liautaud dans le Lanternin n°1*, pp. 4-8.

 

— Elle renferme plusieurs toiles s’échelonnant de 1655 à 1696 signées soit André de Castellane ou André ou Andrea sans doute de « l’école  André de Castellane » très appréciée dans la vallée

 

À voir notamment :

Jean André de Castellane,

1655, le festin chez Simon le magicien (voir à propos de cette copie de Rubens l'article de Luc Thevenon « Guiglielmo Thaone, peintre » (in : Cahiers de la Méditerranée, Année 1997, Volume 55, Numéro 55, pp. 153-164)

1655, Crucifixion et Saint Pons

1665, Couronnement de la vierge et les SS. Félix de Valois et Jean de Matha (les Trinitaires)

1684, Les Ames du Purgatoire

1696, Saints Barthélémy, Jean et Pierre

1690, La Vierge en gloire et le saint suaire.

1 Thévenon Luc. L’art religieux de la haute vallée du Var et du canton de Guillaumes. Nice Historique, 2002, p.123.

 

2 Thévenon Luc,  Poteur Jean-Claude, Inventaire des édifices religieux du canton de Guillaumes. Publication : [S. l.] : Conseil général des Alpes-Maritimes, 2001. Consultable à la Bibliothèque du CEPAM - UMR 7264 CNRS, Université Nice Sophia Antipolis ; Pôle Universitaire de Saint-Jean-d'Angély 324, avenue des Diables Bleus, F 06357 Nice Cedex 4  (monique.oger@cepam.cnrs.fr).

Et

Thévenon Luc. Eglises et chapelles dans l’évêché de Glandèves, le Val d’Entraunes. Lou Lanternin, n° 12  Hiver 1982 – 1983  p. 11 à 19.

 

3 Sauze Elisabeth, Catalogue des actes concernant l’abbaye St-Eusèbe de Saignon in L’abbaye  St-Eusèbe de Saignon (Vaucluse) et ses dépendances, Histoire et archéologie. Les cahiers de Haute-Provence, 5. Les Alpes de lumière, Forcalquier, Haute-Provence, 2006, pp. 307-361

 

4 Poteur Jean-Claude, Poteur Catherine, Thévenon Luc. Les possessions de l’abbaye St Eusèbe de Saignon dans la haute vallée du Var (XIIe-XIVe siècles), pp. 233-259, in L’abbaye  St-Eusèbe de Saignon (Vaucluse) et ses dépendances, Histoire et archéologie. Les cahiers de Haute-Provence, Les Alpes de lumière, Forcalquier, Haute-Provence, 2006.

5 Sauze, Elisabeth. Catalogue des actes concernant l’abbaye St Eusèbe de Saignon in : L’abbaye  St Eusèbe de Saignon (Vaucluse) et ses dépendances, Histoire et archéologie. Les cahiers de Haute-Provence, 5. Les Alpes de lumière, Forcalquier, Haute-Provence,    2006 (Consultable à la bibliothèque du musée d’Archéologie de Nice) :

1329 - Présentation à l’évêque de Glandèves d’un candidat au prieuré d’Antraunes. Catalogue de 1484, n° 97 ... Instrumentum presentationis domino episcopo Glandatensi pro ecclesia de Antravenis, M°  tricentisimo vicesimo nono et ego Pontius Alaudi notarius, actum apud Sanctum Clementem, LXXIX.

 

6 Voir le descriptif précis dans : Poteur Jean Claude, Poteur Catherine, Thévenon Luc. Les possessions de l’abbaye St Eusèbe de Saignon dans la haute vallée du Var (XIIe-XIVe siècles) in : L’abbaye  St-Eusèbe de Saignon (Vaucluse) et ses dépendances, 2006, opus cité p.240-241.  Forcalquier, Haute-Provence, 2006.

Et

Liautaud René. La France rustique, Editions Serre, Nice, 1986, pp. 232-235 pour la description de l’église proprement dite et pp. 239-247 pour l’inventaire.

 

7 Archives Anne-marie Belleudy. Document référencé  sous la cote Ch 0013 dans les archives du site.

8 Sauze, Elisabeth. Catalogue des actes concernant l’abbaye St Eusèbe de Saignon. Op.cité. catalogue de 1484, n°24. Saint-Martin de Nogairet : « Sancti Martini de Nogayreto cum capella... »

 

9 Poteur Jean Claude, Poteur Catherine, Thévenon Luc. Les possessions de l’abbaye St Eusèbe de Saignon dans la haute vallée du Var (XIIe-XIVe siècles). Les cahiers de Haute-Provence, 5. Op. cité p.254-255.

 

10 « Nogairet » a pour origine le mot « noyer », arbre qui constitue depuis le XVIe les armes de la communautés de St-Martin d’Entraunes

 

11 Voir la rubrique « Les templiers et le val d’Entraunes » (en préparation).

 

12 Canestrier Paul. Les curiosités naturelles et artistiques du Haut Var. Nice historique, p.92, avril-septembre 1954.

 

13 Luc Thévenon, L’art religieux  de la haute vallée du Var et du canton de Guillaumes, opus cité, pp.128-130 (p. 134 du fichier).

 

14 Ibid., p. 133.

15 Poteur Jean Claude, Poteur Catherine, Thévenon Luc. Les possessions de l’abbaye St Eusèbe de Saignon dans la haute vallée du Var (XIIe-XIVe siècles) in : L’abbaye  St-Eusèbe de Saignon (Vaucluse) et ses dépendances, 2006, opus cité p.240-241.  Forcalquier, Haute-Provence, 2006.

 

16 Sauze, Elisabeth, op.cité p.316. Catalogue de 1484, n°30. 18 mai 1183 : « et in ipso castro Sancti Martini ecclesiam Sancte Mariae cum decimis ».

17 Thévenon Luc. L’art religieux dans la haute vallée du Var et le canton de Guillaumes, opus cité, p.121.

18 Canestrier Paul. Voir supra.

19 Canestrier Paul. Les curiosités naturelles et artistiques du Haut Var. Nice historique, p.92, avril-septembre 1954.

20 Luc Thévenon, L’art religieux  de la haute vallée du Var et du canton de Guillaumes, opus cité, pp.130-131 (p. 135-136 du fichier).

21 Canestrier, Paul. Les chapelles rurales et les saints populaires du comté de Nice. Folklore.
Nice historique, numéro 178 de l’année 1946, p.3.

 

22 Lorgues-Lapouge, Christiane. Trésors des vallées niçoises, les peintures murales du haut pays. 1995, collection sigillum, Serre Editeur, Nice.

 

23 (note de la rédaction). Les jours des Rogations sont, dans le calendrier liturgique catholique, les trois jours précédant immédiatement l'Ascension. Le mot « Rogation » vient du latin rogare, qui signifie « demander ». Ce terme sert à qualifier cette période de l'année car l'Évangile du dimanche précédent comprend le passage «demandez ce que voudrez et cela vous sera accordé » (Jean 15, 7).

 

24 Fonds Mossa, Bibliothèque de Cessole, 136/13 feuillet 21.

25 Thévenon Luc,  Poteur Jean-Claude. Inventaire des édifices religieux du canton de Guillaumes, opus cité, p.9-10.

 

26 Jullian Camille, Notes gallo-romaines, LIII, la source du Var et les cols transversaux des Alpes,pp.55-56. Revue des études anciennes ,Université de Bordeaux III. Faculté des lettres et sciences humaines, 1912.

 

27 Nous reviendrons sur ce sujet dans le chapitre consacré au Var
(en construction).

 

28 Liautaud René, La France rustique. opus cité p. 231.

29 Canestrier, Paul. Les chapelles rurales et les saints populaires du comté de Nice. Folklore. Nice historique, numéro 178 de l’année 1946, p.5.

 

Saint-Martin d’Entraunes

http://montnice.fr/cartographie/eglise-saint-martin-saint-martin-d-entraunes

 

Eglise Saint-Martin, fin XIIIème siècle, modifications 2ème tiers du XVe, portail vraisemblablement du XVe.

 

— Mentionnée pour la 1ère fois dans les sources écrites en 1153 (8), le fait qu’un castrum en porte le nom dès 1183 laisse entendre selon Poteur* (9) qu’elle pourrait être plus ancienne et que l’église actuelle ne serait qu’une reconstruction de ce premier édifice.

 

—L’église St-Martin est régulièrement appelée Saint-Martin de Nogairet durant le Moyen-Âge, dénomination qui s’appliquerait non à l’église mais à l’agglomération. « Nogairet » (10) serait donc le nom du territoire dont la vieille église St-Martin pouvait être la paroisse avant la fondation du castrum.

 

 

Longtemps considérée comme une ancienne chapelle templière par les chercheurs de trésor, elle recèlerait un trésor de la commanderie voisine. Les historiens ne semblent pas convaincus de la présence templière (11) dans notre haut pays malgré les certitudes du brillant érudit Paul Canestrier qui  dans sa « France Rustique (p.19) affirme en 1934 : « les insignes des chevaliers du Temple (croix, glaive cruciforme, étoiles flamboyantes, tête de bélier, de démons, visages humains imberbes ou très barbus), sont sculptés sur le beau portail de l’église St-Martin, sur les bénitiers monumentaux... ». Puis apparaîtra beaucoup plus prudent dans sa présentation de l’église St-Martin en 1954 en évacuant toute évocation templière : « l’église paroissiale St-Martin a un curieux portail de colonnettes et de pilastres engagés avec un arceau marqué du croissant, du soleil, du glaive cruciforme. Les chapiteaux  des colonnettes intérieures représentant des têtes de béliers (...) un cadran solaire beaucoup plus tardif à l’inscription : me sol vos pastor regit, le soleil est mon guide, le pasteur est le vôtre » (12).

 

Toutefois notons avec Thévenon (13) que ce serait en cherchant le trésor des templiers que le curé Thiébaud découvrit en 1921, dans une niche (ancien enfeu ?) de l’église de St-Martin, des peintures de St-Blaise, St-Jean-Baptiste et St-Roch avec sur l’intradas de l’arc, un Père Eternel bénissant de la main... gauche, aberration du modeste décorateur qui exécuta cet ensemble maladroit aux alentours de 1600.

Alexis Mossa tout à l’enthousiame de la découverte se montre plus indulgent avec l’artiste « révélé » et nous donne un compte rendu d’une précision d’entomologiste (voir 2.4 couvent, prieuré et rêveries templières).

 

Au centre : "Réduit peint à la fresque". Fonds Mossa, 136/13 dossier n° 30. © Bibliothèque du chevalier de Cessole - Nice.

 

Manuscrits, Bibliothèque de Cessole, Fonds Mossa, 136/14 feuillet.126 :

« Si quelque chose était inattendu c’était bien l’hypothèse qu’il y eut des fresques à l’église de St-Martin d’Entraunes. […]

nous fûmes d‘abord sceptiques nous connaissions si bien que nous avions fouillé dans tous les coins nous crûmes à une erreur soit de lieu soit sur le genre de peinture […].

L’église de St Martin est fort ancienne puisqu’au dessus de son entrée principale on voit les signes particuliers que les templiers gravaient sur beaucoup de leurs édifices. Elle est donc du X (-)  siècle […].

Le curé ayant entrepris certains aménagements à cet autel eut le regard attiré par quelques centimètres de peinture murale, oh ! un tout petit fragment d’ornement. Au courant de nos recherches sur les fresques niçoises il eut l’heureuse inspiration de penser qu’il se trouvait en présence de quelque chose dans ce genre et sachant comment nous procédions en pareil cas il entreprit d’élargir la révélation en faisant sauter la chaux par petites écailles ; il se trouva bientôt en présence d’une bordure en torsade suivant la courbe d’une partie du cintre, puis vers le sommet de ce cintre un restant de Christ en croix mais la peinture ne se prolongeait pas en dessous de la courbe : il réfléchit et eut l’intuition qu’il y avait là primitivement un arc qu’on avait rempli, il entreprit un sondage en attaquant le mur en dessous de la courbe et ne tarda pas à découvrir qu’il y avait là un vide bouché par une murette, élargissant l’ouverture il se trouva en présence d’un grand trou noir, y introduisant un bout de cierge allumé il eut l’apparition fantastique de trois personnages qui étaient là depuis plusieurs siècles, nouveaux inmurés.

C’étaient St-Jean-Baptiste, St-Blaise et St-Roch qui revenaient à la lumière […].

 

À lire :

— Imbert Léo, Les chapelles saintes du pays niçois (suite et fin). 1951 n° d'article : 157. Nice historique p.69 (Entraunes, Saint Martin d’E., Sauze).

 

Cercle Bréa et  le Conseil Général des Alpes Maritimes, Les routes du sacré, à la découverte du patrimoine religieux des Alpes Maritimes, 2014.

p. 42, notice présentative par Luc Thevenon.

p.42, notice présentative par Germaine Leclerc du  retable  de la vierge du rosaire de François Brea (1555).

 

À voir notamment :

— François BREA, polyptique de la Vierge du Rosaire (1555) (14).

— Joseph ANDRÉ, St-Martin entre St-Arige et le bienheureux Amédée IX de Savoie (1690).

 

 

Eglise Sainte-Marie, mentionnée en 1183 puis en 1320 (15).

Disparue brutalement des cartes après 1748, peut être après  une catastrophe naturelle (crue), Poteur et al. (16) note que le personnage principal du retable de François Bréa datant de 1555, aujourd’hui dans la paroissiale de St-Martin, représentant la Vierge entre St-Martin et St-Blaise, ne correspond curieusement pas à la titulature de l’église dans laquelle il est conservé et se demande s’il ne proviendrait pas de l’église Ste-Marie ...

 

 

Villeneuve d’Entraunes

 

Eglise St-Pierre, fin XIVe (modifications en 1726, clocher ajouté au XIXe siècle, toit restauré en 1976).

http://montnice.fr/cartographie/eglise-saint-pierre-villeneuve-d-entraunes

 

 

Héritière d’un prieuré St-Pierre relevant de l’abbaye bénédictine de St-Eusèbe d’Apt qui détenait les bois et les pâturages dont le toponyme de la « Barre de St-Pierre » sur les terroirs de la rive droite du Var témoignent ; Cette église dut devenir paroissiale au moment de sa reconstruction alors que la décadence des prieurés bénédictins était amorcée. Son desservant conservera le titre de prieur comme en témoigne l’inscription qui date l’unique chapelle latérale établie au nord du chœur et qui s’articule à la sacristie à laquelle elle donne accès : « Prior A. Leotardi - 1726 » (17) . La tradition veut que la paroissiale antérieure ait été située dans le quartier de la rive gauche du Bourdoux ; elle aurait été restaurée comme chapelle en 1669 (pierre d’angle datée sur l’une des maisons) ; on ne peut retenir cette assertion que comme une éventualité.

 

 

« Située entre le village et l’agglomération du Claus, beau bénitier en pierre ciselée de 1m20 de haut : la vasque ronde, découpée comme une rose, enguirlandée de fleurettes, repose sur un fut orné d’arabesques où l’on a cru  voir l’emblême des templiers ; le fût émerge d’un croisillon où se haussent quatre têtes humaines. Vieille statue en bois polychrome de St-Pierre revêtu des ornements pontificaux d’un pape de la renaissance. D’après l’inventaire de 1600, il y avait quatre autels latéraux dans l’église, ceux de saint Antoine, de saint Etienne, du Rosaire, de saint Sébastien ; il n’y en a plus qu’un où trône N.D de Lourdes (18). »

 

À voir notamment :

— Fresques modernes sur l'abside illustrant la vie de Saint-Pierre et signées P. Ferrini (1930).

 

 

Enaux

http://www.montnice.fr/cartographie/eglise-saint-sauveur-enaux-villeneuve-d-entraunes

 

Eglise San-Souvaïre (St-Sauveur - la Transfiguration), début du XIXe.

 

Ancienne chapelle de ce haut plateau céréalier où un château a été fondé au XIIIème siècle, elle  fut érigée en paroissiale secondaire avec curé résident (après le concordat de 1801). Cet édifice fait toujours l’objet d’un romérage annuel en été. Elle a remplacé une ancienne chapelle du même nom. La population s’engagea à la construire de ses deniers et par voie de corvée, sous la direction du curé nommé syndic avec droit de contrainte. On bâtit ainsi la petite église en 1827, la sacristie en 1832, le clocher en 1860 avec trois cloches dont la plus petite provient de l’ancienne San-Souvaïre (19).

 

Alexis Mossa. Eglise d'Enaux, 6 août 1919. Fonds Mossa, 5965. © Musée Masséna - Nice.

 

 

Chateauneuf d’Entraunes

http://montnice.fr/cartographie/eglise-saint-nicolas-chateauneuf-d-entraunes

http://www.valdentraunes.fr/index.php?id=1234

 

Eglise Saint-Nicolas, XVIe, (à l’emplacement possible d’une chapelle castrale du XIIIe) reconstruite en 1641, rajout de chapelles latérales au XVIIIe et un clocher exhaussé en 1934 (20).

 

Alexis Mossa. Eglise de Châteauneuf, 8 septembre 1919. Fonds Mossa, 5970. © Musée Masséna - Nice.

 

À voir notamment :

— François BREA, Polyptique du Christ aux cinq plaies, (155 ?) (20).

 

 

À lire :

— Thévenon Luc. L’église paroissiale St-Nicolas à Chateauneuf-d’Entraunes, in : Archeam n°9, saison 2001/2002 pp. 55 à 59.

Cercle Bréa et le Conseil Général des Alpes Maritimes, Les routes du sacré, à la découverte du patrimoine religieux des Alpes Maritimes, 2014.

p. 36 notice présentative par Luc Thévenon .

p. 36-37 notice présentative du retable du Christ aux cinq plaies de François Brea par Mme Germaine Leclerc.

 

 

Les Tourrès

http://montnice.fr/cartographie/eglise-jean-baptiste-sainte-anne-tourres-chateauneuf-d-entraunes

 

Eglise Sainte-Anne (St-Jean-Baptiste), reconstruite en 1641, devenue église en 1813, rénovée en 2014.

Cette église paroissiale secondaire au cœur du hameau était une fondation privée. En 1753, elle appartient à Pierre Graille, qui y fait dire les deux messes de fondation annuelles.

Elle devient  paroisse en 1808 en lieu et place de l’église St-Jean-baptiste jugée excentrée et délabrée. En 1903 elle est citée comme l’église paroissiale « St-Anne-aux-Tours ».

 

 

Chapelle Saint-Jean-Baptiste (1641), (recherches en cours).

Ancienne église paroissiale secondaire (1708) regroupant les hameaux de Tourrès, Saint-Roch, La Spalus et la Gardivole qui possèdent chacune une chapelle. Abandonnée après 1850 du fait de l’éloignement du village principal  et de la dépopulation et aujourd’hui en ruines. La présence d’un cimetière et la  tradition qui voudrait que les Tourrès soit un habitat antérieur à Châteauneuf laisse la voie à l’hypothèse d’une première paroissiale.

 

 

 

2. Les chapelles

 

Paul Canestrier (21) en dénombre en 1946 des centaines au cœur du haut pays près de 500 où l’office était encore célébré. Elles illustrent la grande angoisse de la fin du Moyen-Âge et un effort pastoral  développé méthodiquement à l’initiative des ordres religieux pour maintenir vivante la foi dans les campagnes. Plus les fidèles ont peur plus ils appellent à leur secours Dieu et les saints. Plus les clercs craignent une baisse ou une dérive de la foi plus ils multiplient les sermons en image.

La grande peur du Moyen Âge c’était la mort violente, les épidémies, la guerre endémique, la peste, d’où le succès des saints prophylactiques Saint-Sébastien, St-Roch, Saint-Antoine-l’Ermite...

Ces chapelles de campagne, les gens profondément croyants du XVIe les ont construites comme autant de bastions avancés d’une citadelle invisible, afin de détourner du village les fléaux qui répandaient la terreur, notamment la peste, le choléra, la lèpre, les suppôts du diable, les bandits de tout poil (22).

Edifices de protection contre les épidémies, les maux venus du dehors (du littoral ?), elles étaient construites près des routes muletières, au long des drailles, aux finages du territoire communal, à  l’entrée des villages ou bien à l’endroit où l’on perd de vue le village, avec une prédilection pour  les points de passage élevés : ponts, col... elles avaient de multiples usages. Ces chapelles servaient aussi de stations lors des processions notamment aux Rogations (23).

 

Elles pouvaient servir de lieu de pélerinage (St-Barnabé), d’abri temporaire voire de refuge. C’est la raison pour laquelle ces chapelles ont souvent un porche ouvert avec porte à claire-voie (muni de banquettes) avec auvent et grille en bois (St-Sebastien et St-Jean au Cros à Entraunes )

 

Ces chapelles abritent des peintures murales parfois des retables (Lieuche, Roubion, St-Etienne -de-Tinée) ou simplement des décorations. La plupart sont rectangulaires et ont un chevet plat (sauf les plus anciennes qui ont une abside en cul de four).

 

2.1 Chapelles

 

Estenc

http://www.refuge-cantonniere.fr/fr/le-val-entraunes/chapelles-oratoires-4.html

 

Chapelle-oratoire de la Sainte Trinité, 1555 ?.

Alexis Mossa (24), 1921 ? « à Steng, petite chapelle abandonnée servant d’entrepôt à un entrepreneur de travaux publics c’est décidément une coutume de la contrée, on remarque aux deux angles des inscriptions qui paraissent illisibles mais qui sont simplement renversées. »

 

Victor de Cessole, chapelle originelle de la Sainte-Trinité. Estenc.
Bibliothèque du chevalier de Cessole, Nice. Inv. 5397.

 

La plus haute de la vallée (1760m), cette chapelle était à l’origine à l’emplacement de l’hôtel « le relais de la Cayolle ». Lors de la construction de ce dernier, en 1947, l’oratoire a été déplacé et reconstruit à l’emplacement actuel. A l’extérieur restent visibles les inscriptions septembre 1555, inscriptions cassées et remontées à l’envers lors du « déplacement » de 1947. Cette date est généralement admise comme celle de la construction.

 

 

La visite pastorale de 1785 classe la chapelle de la Ste-Trinité comme chapelle rurale au même titre que les chapelles Notre-Dame des Grâces et St-Sauveur.

 

 

Notons qu’à l’origine, la chapelle de la Sainte-Trinité était située en bordure du bassin où se trouve la source du Var, sur un rocher dominant le point précis où celui ci s’élance dans une gorge. Ce lieu fortement symbolique marque également la frontière entre les dernières terres habitables et cultivables et les alpages de haute montagne. Il est possible que ce lieu de culte, dont la connotation païenne est forte soit plus ancien et constitue la christianisation d’un culte de source (25).

Les Anciens, les Barbares ou Grecs, avaient  autant que nous la curiosité de rechercher les sources des fleuves ; curiosité de géographe, et aussi de mythographe, car les fleuves étaient des êtres sacrés, et il était bon de les adorer à leur source. Encore fallait-il pouvoir atteindre cette source, et qu’elle fût à proximité de sentiers praticables. Déjà les Anciens, de Strabon à Pline considéraient le Var, le Ουαρος, Varus flumen, comme un fleuve frontière. Certains chercheurs (26) ont supposé même qu’un chemin a jadis remonté le Var jusqu’à sa source, que ce chemin aurait été suivi par les Grecs d’Antibes et de Nice (27).

 

 

Chapelle Notre-Dame des Grâces, 1722-1723.

Lors de la visite pastorale de 1699, l’évêque autorisa, après l’incendie de la chapelle desservant le hameau, l’établissement d’un prêtre permanent investi des fonctions curiales. Pour apaiser les rivalités entre les principaux hameaux, il fut décidé la construction de deux édifices : la chapelle Notre-Dame des Grâces et la chapelle St-Sauveur. Le curé officiant six mois dans l’une et six mois dans l’autre devait en plus de son office remplir la fonction d’enseignant durant les mois d’hiver.

La visite pastorale de 1785 accorde la prépondérance à Notre-Dame des Grâces étant donné sa proximité avec le cimetière et le presbytère et élève en 1788 (28) l’indemnité du  desservant au niveau de celle du secondaire d’Entraunes.

 

Victor de Cessole, chapelle Notre-Dame des Grâces, cimetière et presbytère. Estenc.
Bibliothèque du chevalier de Cessole, Nice. Inv. 233.

 

« Après le concordat de 1801, Canestrier précise, les plus conséquents de ces hameaux furent  promus paroisse et pourvus d’un desservant. La paroisse  conserva le vocable de vieille chapelle. On se contenta, en général, de transformer le clocheton primitif en clocher et d’ajouter une cloche. Aujourd’hui un prêtre des environs bine* [Ndlr, Biner est un terme d'Église,  il s'emploie en parlant d'un prêtre, qui dans la nécessité dit deux Messes par jour avec la permission de son Évêque] le dimanche au hameau. Le curé d’Entraunes suivant la coutume, officie six mois à Notre-Dame des Grâces, six mois à Saint-Sauveur. (29) »

 

À voir notamment :

— Clocheton en bois typique des vallées alpines, toit en bardeaux restauré dans les années 1980,  la chapelle présente à l’intérieur un décor naïf réalisé en 1887 par un artiste local Jean "Faïtou".

Chapelle St-Sauveur (la Transfiguration), 1722-1723.
Modifications en 1804 (?), restaurée en 1987.

http://www.montnice.fr/cartographie/chapelle-saint-sauveur-estenc-entraunes

 

Victor de Cessole, chapelle Notre-Dame Saint-Sauveur. Estenc.
Bibliothèque du chevalier de Cessole, Nice. Inv. 3104.

 

Ancienne église paroissiale secondaire.

 

À voir notamment :

— Clocheton maçonné typique des vallées alpines.

 

Fonds Mossa, © Bibliothèque du chevalier de Cessole - Nice.

 

Alexis Mossa, 1920 ? « sur la pierre de seuil de la porte on voit gravés des signes, anagrammes et armoirie de Savoie. »

Fonds Mossa, © Bibliothèque du chevalier de Cessole - Nice.

 

A suivre…

 

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