Académie du val d'Entraunes

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Sobriquets des habitants du Val d’Entraunes et patronymes nissarts  (page en cours de construction)

Armanac nissart, 1928

 

— « Li nomenaja dais pahis nissart » ou sobriquets des populations du Comté de Nice

Fonds Cappatti, Bibliothèque du chevalier de Cessole, cote : us 944.07  ARM.

 

P. 148 : « L’esprit observateur et toujours en éveil des niçois a tôt fait de découvrir le défaut physique et moral qui leur permet d’appliquer immédiatement un surnom ironique et souvent même spirituel et leur nomenaja sont parfois de véritables trouvailles (...) les peuples voisins n’échappent pas non plus aux traits acérés de notre ironie. Les Français étaient pour nos père des
« Fajou » et les Italiens ... des « mangia-polenta » et les Provençaux étaient des « Puorc-en-sau ».

 

Déjà aux époques protohistoriques nos ancêtres les Vediantins* qui habitaient la vallée du paillon avaient reçu le surnom de  Capillati* (chevelus) à cause de leur grande et belle chevelure...

Et le niçois Nissa (nissart),  « lü caga-bléa » (traduit pudiquement celui qui aime les blettes)

 

* Cappatti attribue ce nom de manière quelque peu abusive aux seuls habitants du Paillon alors qu’il représente les Ligures des Alpes provençales, appelés Capilatti par les Romains. Les principales tribus des Alpes provençales, plus ou moins celtisées, étaient en théorie et sous toute réserve :

- les Vesubianii, dans la vallée de la Vésubie, qui contrôlaient le col de Fenêtres.

- les Ectinii, dans hautes vallées du Var et de la Tinée.

- les Nemeturii, dans la haute vallée du Var.

- les Eguituri, dans la moyenne vallée du Var.

- les Vellauni, vers Saint Vallier et l'Esteron.

- les Oxybiens, chef lieu Aegitna (Le Loubet).

- les Nérusiens, chef lieu Vence.

- les Déciates, entre Siagne et Brague chef lieu Vallauris.

- les Oratelli, dans les vallées de la Roya et de la Bévéra.

- les Veamini, vers Guillaumes.

- les Vedianti, entre le Var et La Turbie.

 

— « Noms des habitants du val d’Entraunes en nissart », par Louis CAPPY (p. 160)

CHATEAUNEUF d’E., Castelnovenc, 1928, (141 habitants), maire : Mandine F.

Les TOURRES, Tourrenc

ENTRAUNES, Entraounenc, (268), Lions Clément

ESTENC, Estenchoun

PEONE, Peounenc, (496), Jean Baudin

ST MARTIN d’E., Saintmartinenc, (310), Liautaud Joseph

SUSSIS, Sussinenc

VILLENEUVE, Vilanovenc, (211), Nicolas André.

 

 

Armanac nissart, 1930

«  Li nomenaja dais pahis nissart » ou sobriquets des populations du comté de Nice

Fonds Cappatti, Bibliothèque du chevalier de Cessole, cote : us 944.07  ARM.

 

— Guillaumes : Gulhaume (Gülhaumenche). Lü Güs ou lü Glôrios, les gueux ou les vaniteux, voilà certes des nomenaja peu flatteuses et qui se passent de commentaires. A moins que, ce que je ne pense pas, Glôrios signifie ici « qui s’est acquis beaucoup de gloire ». Paul Canestrier dans la France Rustique précise : « on prétend que sur une pierre du clocher de Guillaumes sont gravés quatre G signifiant Guillaumois, Gourmands, Glorieux, Gueux

 

— Sauze : Sauzerenche ou Sauverenche. Lü Fuol  (les fous).

 

— Péone : Peonenche. Lü Catalan (les Catalans).

Une colonie d’Espagnols a dû, sinon fonder, tout au moins habiter la région depuis des temps très reculés. Le nom n’a évidemment aucun rapport avec celui de cette région de la Grèce soumise par Philippe et Alexandre qu’on nomme la Péonie.

Il viendrait du nom espagnol « péon » qui veut dire piéton c’est à dire où il n’existe pas de route. Les noms patronymiques de la plupart des habitants de Péone sont d’ailleurs espagnols ou d’origine espagnole. Enfin les Peonenche ont conservé des traits du caractère catalan. Ils sont à la fois affables, vifs, âpres, rudes, fiers et indépendants...

Etymologie largement démentie plus tard (cf. infra).

 

 

Archives documentaires, Carton 104, Dossier 1

Fonds Cappatti, Bibliothèque du chevalier de Cessole.

 

Selon Louis Cappatti :

 

— Entraunes :

« La tradition veut que le surnom des Entraunencs soit aussi vieux que la fondation de leur ville due à une équipe d’ouvriers espagnols, parmi lesquels se trouvait un prêtre qui avait fui son pays à la suite des tracasseries de ses supérieurs.

Entraunes fondé, notre homme en fut le curé et y devint plus que centenaire. A un tel âge, il ne pouvait qu’être « très inquiet ». Les vieilles femmes du pays avaient pris l’habitude de venir jacasser le soir sur une placette, sous ses fenêtres. Une fois agacé de ne pouvoir s’endormir, le bon curé se leva, admonesta les péroreuses et leur jeta en conclusion : « Ana vos coucha, vieillos gangaoulas (1) ».

 

Ce surnom  resta attaché aux gens d’Entraunes, qu’on appelle aussi lei limassiés (2) mais pas exclusivement... N’oublions pas que les escargots gris abondent dans la région. Préparés avec beaucoup de soins suivant une recette locale, ils constituent le plat de la fête patronale de plusieurs localités dont les habitants sont gratifiés, pour ce motif, du sobriquet collectif de Limassiés.

Peut-on faire le rapprochement avec la fête des limaces, la Proucession daï Limassa, cette très ancienne expression de la piété lors de la Fête-Dieu dans le comté de Nice où l’on avait coutume d’illuminer rues et ruelles formant le parcours de la procession avec des coquilles d’escargot pourvues d’une mèche et remplies d’huile d’olive.

Selon Canestrier (4), dans les paroisses rurales du Comté de Nice annexées en 1860, on continue, comme sous l’ancien régime à célébrer solennellement la Fête-Dieu, le jeudi qui suit le dimanche de la Trinité, et à faire ce jour là, après la grand-messe, la grande procession du Saint Sacrement dans les rues puis, le jeudi suivant, au terme de l’octave, on fait la procession nocturne aux lumières, la même foule accompagnant le dais du Saint Sacrement dans les mêmes rues.

Canestrier précise que, dans le dialecte du Comté, on appelle la Fête-Dieu, la festa de Diou, ou bien lou corpus Domini, et le jeudi de l’Octave,  l’outava ou la lumenaïa daï limassa. En 1562, les consuls de la ville de Guillaumes prenaient au comte de la commune la dépense pour balayer la place où passait la procession et pour tirer les mortiers, per escoubar la plasso, la vigilo de la festo de Dieu per tirar los mascles la festo de Dieu.*

A Sauze, au XVIème siècle, la municipalité offrait par tradition à la Feste Dieu, à toute la population et aux gens venus des environs, un past commun avec soupe aux lentilles, rôti de mouton, pain et vin (plus de 4 hectolitres de vin). **

Même si cette tradition semble un peu délaissée à son époque Canestrier signale dans une note additive concernant le déroulement de la coutume en 1953 : « on a repris la coutume de l’illumination aux limaces à Gilette, dans la vallée de l’Estéron ; à Guillaumes dans la haute vallée du Var... »

 

* Archives communales de Guillaumes, comptes des clavaires, Extraits publiés par Paul Meyer, dans Documents linguistiques du midi de la France, Paris ,1909, in 8° , Guillaumes, pp. 545 à 568

** Archives communales de Sauze, Compte des Consuls, et papiers de familles de Sauze contenant les relevés et notes diverses de plusieurs consuls des xvi ème et xvii ème siècle. Cette coutume était encore pratiquée en 1939 (soupe aux lentilles, jambon, un beau pain à  toute personne).

 

— Chateauneuf d’Entraunes

... Autrefois, ajoute la légende, un seigneur s’affirma à Chateauneuf d’Entraunes, dont la fille Anita était d’une étourdissante splendeur. Le père jaloux la tenait enfermée dans son château au plus haut point du village, sur une placette où se dressait un gigantesque ormeau. Une branche de l’arbre séculaire atteignait la fenêtre de la belle. Un jeune amoureux audacieux parvint à s’approcher, le soir, d’Anita, et la décida à le rejoindre sur son perchoir. Chaque nuit, les tourtereaux se retrouvaient dans la même posture et nul ne révéla jamais leur intrigue au père ombrageux... « La nuech passaou, aven vist lous issirouas gambada sur
l’ourma » disaient-ils entre eux. De là, le surnom d’Issirouas que porte encore les Castelnouvenc (renseignements dûs à l’obligeance de M.Martin Arnaud de Châteauneuf d’Entraunes).

Dans une note de son « épitre des sobriquets communaux » (cf.infra) Canestrier  reprend l’anecdote de Cappatti et précise qu’on raconte qu’un jeune manant rejoignait, la nuit, la fille du châtelain, sur un noyer dont une branche touchait la chambre de l’amoureuse.

 

 

 

Canestrier, Paul

La France rustique ou La Vallée du Haut-Var : folklore.

Annales du Comte de Nice, 1934. Bibliothèque du chevalier de Cessole, cote : BBMM 373.

 

— Entraunes : lei limassiés (p. 6).

— Sauze : les simples.

— Villeneuve d’Entraunes : lous cats (prononcer tchats, le c se prononçant ainsi dans la vallée du haut-Var, lou tchoulé, lou tchamin, etc...) les chats. Les méchantes langues prétendent que les Villeneuvois seraient assez disposés à griffer... au moral... lorsqu’on marche sur leurs pieds. Ce n’est qu’une légende qui a pu prendre corps à l’occasion de vieilles élections au conseil communal et de quelques retentissants procès.

— Chateauneuf d’Entraunes : esquirouots de Casternou.

— St Martin d’Entraunes : lous tavans (les hannetons, les potiniers, orthographié lei tavans dans la France Rustique). Les nouvelles vraies ou fausses font vite le tour  de la ville et grossissent à vue d’œil, comme la boule que prépare et roule le hanneton...

— Péone (6) : lous catalans (les Catalans). En effet le village de Péone a été fondé au XIIIème siècle par une colonie d’ouvriers catalans qui avaient été emmenés pour construire la ville de Barcelonnette.

 

 

Rossi, Edmond

http://pays-d-azur.hautetfort.com/archive/2011/02/05/les-tourres-un-hameau-perdu-du-val-d-entraunes.html

 

Péone dresse ses maisons sur une colline à 1164 m d’altitude, au confluent des torrents du Tuébi et de l’Aygue Blanche, à une centaine de kilomètres de Nice, sous la station de Valberg. Bien que possédant un curieux nom de berger espagnol, sa toponymie dériverait de Pédona signifiant hauteur rocheuse. La tradition raconte que Raymond Bérenger V, comte de Provence, originaire de Barcelone, aurait repeuplé Péone au XIIIème siècle avec des colons venus de Catalogne, d’où le nom de “Catalans” donné depuis aux Péonois.

Une autre version cite des ouvriers de passage dans ces lieux, après avoir été employés à la construction de Barcelonnette et qui fondèrent là, vers 1240, un village auquel ils donnèrent le nom de la ville natale de leur chef, Péona en Catalogne. L’occupation espagnole de 1743 à 1749 aurait conforté cette marque originelle. De plus, le port du béret basque, de la veste où une seule manche est enfilée propre aux gens de Péone, seraient typique des Catalans ! Pourtant l’historien local G. Barbier écarte cette origine d’outre-Pyrénées pour celle tout aussi exotique d’une colonie grecque en provenance de la lointaine Péonie, une province de la Thrace antique, venue là plusieurs siècles avant Jésus-Christ !

Plus sûrement née vers le Xème siècle, Péone ne sera cité pour la première fois qu’en 1315 avec 75 habitants. Selon P. Canestrier, au début du XIVème siècle, des Cathares chassés du Languedoc se fixèrent à Péone. Des querelles de voisinage avec les proches Guillaumois provoqueront une véritable guerre entre les deux communautés. Péone sera pris d’assaut, pillé et incendié avec une rage destructrice, le 5 Novembre 1391, comme en témoignent les archives communales. Durant la guerre de Trente ans  (1618-1648), les milices locales du capitaine Boniface de Sauze, cernées par les Français, capitulèrent à Péone.

 

Rossi, Edmond

Chronique des villages oubliés

http://pays-d-azur.hautetfort.com/archive/2011/02/05/les-tourres-un-hameau-perdu-du-val-d-entraunes.html

 

Jusqu’en 1760 Guillaumes était provençale et Chateauneuf d’E. était savoyarde, ce qui ne manquait pas de compliquer les démêlés entre villages au sujet surtout des zones de pâturages. Les guillaumois étaient surnommés les orgueilleux à cause de leurs prétentions démesurées

— Barels : les avocats.

— Bouchanières : les sorciers, sans doute à cause d’occultes machinations.

— Les Tourres : on se moquait gentiment des habitants des Tourrès en les gratifiant eux aussi d’un étrange surnom : “ les chambeirouniers ” parce qu’ils portaient l’hiver pour se déplacer dans la neige de grossières raquettes en osier, retenues aux jambes par des guêtres en toile. C’est muni de ces mêmes raquettes que ces “ fourastiés ” (habitants de hameaux isolés) descendaient, déguisés pour le carnaval, jusqu’au café de Châteauneuf, pour y célébrer la fin de l’hiver.

 

 

www.randoxygene.org/pge/rando_pe/affiche_rando.php?rando...

— Estenc au pied du col de la Cayolle

Chaque col, avec son atmosphère particulière, recèle des légendes colorées : ici, les "gendolies" ("gens de mauvaise réputation") rançonnaient autrefois les malheureux égarés et c'est ainsi que les habitants d'Estenc furent affublés de ce sobriquet peu flatteur.

 

 

Canestrier, Paul

L'Epitre des sobriquets communaux des Alpes-Maritimes

Nouvelle revue des traditions populaires, nov.-dec. 1950, n°5, Paris : Librairie celtique, 1950. - 5 p. ; 23 cm. p. 425-429.

Bibliothèque du chevalier de Cessole, cote : BBMM 3280 ou 3283

Limassa, limassiés : escargot(s) : dans une note de son « épitre des sobriquets communaux » Canestrier  donne pour
« limassiés » enfumés à cause du bois de pin brûlé dans l’âtre (!).

 

Pour conclure ce florilège Paul Canestrier nous fait le portrait d’un célèbre rimaïre de Tourettes Levens Barba Françes, dit La Vigna qui lors des fêtes faisait des bouts rimés en dialecte local, contait inlassablement les historiettes populaires de la région et chantait son plus grand succès, l’Epître, sorte de synthèse des sobriquets de tout le Comté de Nice.

 

Lou Lanternin, juillet-Aout 1979 (page intérieure et dernière de couverture).

 

Cependant, ne pensez pas que ces sobriquets soient tombés en désuétude. Ils sont toujours vivaces et bien ancrés dans la culture locale. On peut les voir resurgir à chaque fête patronale, à chaque animation sportive ou en illustration des ancestrales querelles picrocholines comme dans « le carnaval des animaux », éditorial fort savoureux de Jean Toche rédacteur en chef du Lanternin.

 

 

 

(1) Canestrier, Paul

La procession aux limaces dans le Comté de Nice

Arts et traditions populaires 1953. Bibliothèque du chevalier de Cessole, cote : BBMM 369.

 

(2)  Canestrier, Paul. Historique de Guillaumes. Nice Historique, avril-septembre 1954, p.61.

Un acte de délimitation de Guillaumes et Péone en 1271(original sur rouleau de parchemin et copie du XVIIè siècle aux archives de Péone)  nous renseignerait sur des usages péoniens remontant au moins à 1200  et dénoncerait de fait la légende de la fondation du village vers 1240 par une colonies d’ouvriers catalans revenant de travailler à la construction de la ville de Barcelonnette.

En note Canestrier précise : « il est possible que des familles de la colonie catalane de Barcelonnette, fondée en 1231 par Raymond Bérenger, aient été autorisées à se fixer dans le village, existant alors, de Péone. Vers la même époque, des Cathares de Catalogne, fuyant l’inquisition pour se réfugier en Lombardie, restèrent à Péone et y accueillirent des Vaudois. Les autochtones les traitaient de « fattuchieri », sorciers (archives communales de Péone, charte de 1449). La prétendue affinité du patois péonien avec le catalan a été rejetée comme fantaisiste par les philologues ; ce  parler est simplement provençal

(cf. A.Blikenberg, Le Patois de Beuil [Texte imprimé] : documents et notes, avec un appendice sur le parler de Péone / Andreas Blinkenberg / Aarhus : Aarhus Universitetsforlag, 1948).

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